Les dernières semaines ont été denses de drôlitude extrême et de rencontres mouvementées, de situations à marquer l'histoire et de petits exploits incroyables. Tout ça et maintenant c'est le besoin de vide, d'ailleurs - l'envie du moment serait un mix entre se réfugier dans une forteresse de bouquins, partir à vélo vers le Sud et s'évader le plus loin possible avec un carnet et un stylo, peut-être.
Braver les éléments pour rouler sous la pluie et face au vent, redécouvrir ces horizons sous d'autres lumières, s'échapper deux jours hors du temps avant d'entamer un mois d'avril d'aventures et de rebondissements.
La glycine et les rosiers sauvages, l'odeur de la mer et des feux de cheminée, Nino Ferrer, le ciel et les roseaux de là-bas.
Le printemps s'installe, l'hiver est écourté par une douceur de vivre assez royale. Pas encore retrouvé les baignades des débuts de journée à la fraîche, mais déjà le soleil redonne à nos mines des couleurs de bonheur, et on retrouve le plaisir d'un café en terrasse pour discuter grands changements et petites révolutions, projections et aventures à venir. Le plus dur n'a pas changé - commencer ou terminer, se lancer ou lâcher prise. Entre les deux, les choses se construisent petit à petit, comme on prend le temps d'envoyer des lettres en Argentine, de redécouvrir la beauté des matins où d'écouter Eddie Mitchell pendant nos expérimentations culinaires.
Février aura été ponctué de quelques accomplissements majeurs, du genre booker des billets pour Montréal, s'inscrire pour de vrai à la bibliothèque ou partir à l'aventure juste pour quelques heures ; à côté de ça, il y a eu un glissement de terrain dans lequel nous avons couru 10 bornes à côté de la mer pour lancer la saison des crêpes, ou parlé longuement pour éventuellement tomber d'accord au petit matin et faire cramer des pop corn au micro-ondes.
Ce fut le moment de réaliser que le printemps approchait dangereusement (qu'il était possible d'attraper un coup de soleil en février sous nos latitudes), que la vie devenait dure à partir de quand tu as 25 ans mais que heureusement il y avait le sirop d'érable sur les pancakes à la banane, les couleurs du ciel à partir du 16ème, les films du dimanche soir, le tilleul et les bédénovelas, par exemple, pour accompagner les multiples stratégies conscientes ou inconscientes d'évitement du phénomène "devenir adulte, le côté relou" quand tu es en fait une enfant sauvage.
Il aura fallu courir jusqu'à ce que les milliards de questions s'effacent sous la cadence de mon souffle, jusqu'à ce que les sanglots soient étouffés dans la douleur de mes muscles.
Il aura fallu plonger dans l'eau glacée à cet endroit-là, partir avant le soleil, pleurer à s'en brûler les yeux.
Il aura fallu 4h20 de podcast dans un TER interminable, se retrouver dans un PMU parisien devant un couscous, monter en Normandie danser le disco et s'en remettre avec de la junk food, parler métaphysique entre deux gyozas, voir Mona Lisa et revoir tous ces gens-là, t'écrire puis écrire puis m'écrire et encore écrire, pour tenter de revenir.
Pour parler météo, les éclaircies se font rares en ce moment, on alterne les grands vents et les redoux salvateurs dans un enchaînement assez peu compréhensible.
Le temps file et on court toujours après, en réalisant petit à petit que tout est devenu habitude ici - la vie avec le soleil et le vent, les galettes des rois, les expérimentations culinaires et les trajets à vélo, les rendez-vous hebdomadaires et les rencontres avec le voisinage. Ce clapotis de vagues est à la fois rassurant, ennuyeux, très beau et presque fatigant. C'est sans doute le moment d'aller respirer un peu ailleurs, pour comme toujours mieux revenir.
De retour au 16ème, le même en différent.
C'est l'heure des bilans et des rêves pour les prochains mois et les prochaines années, ces promesses à soi-même toujours un peu difficiles à poser.
Au milieu du retour aux sources habituel et des retrouvailles devenues rituelles, les surprises se sont enchainées : entre régression maximale à base de pancakes au nutella et come-back technologique du futur emballé dans du chocolat, nous avons passé le cap en beauté. (entre autres, j'ai aussi appris à ouvrir les huîtres et à écailler un poisson, frôlé l'overdose de burger, redécouvert le brouillard et la bruine west coast, zoné dans le spot dvd de la BU où je commençais à traîner il y a déjà 8 ans !)
Maintenant, c'est mille aventures qui attendent, des instants de waouh à saisir et du cool à dévorer tous les jours sans en oublier aucun. 2017 ça va être chouette.
Je pars à l'océan, aux champs de maïs et aux forêts de pins.
Je laisse avec une petite angoisse le quotidien ensoleillé du 16e, avant de retrouver avec plaisir, 6 heures plus tard, un autre monde d'horizon plat et de vieux souvenirs, la simplicité des moments, la compagnie de ces gens que le temps et l'espace ont rendue précieuse.
Je pars passer le cap du quart de siècle loin de tout, comme si prendre le temps d'écrire les choses importantes était un petit luxe bien trop oublié de nos plans habituels.
C'est décembre et tout se mélange : les élans de bravoure pour se retrouver à esquiver les méduses ou chercher un arc électromagnétique, le vin chaud solaire et les expérimentations culinaires, les bouquins engloutis et les levers de soleil de plus en plus frais. Alors que la coloc prend temporairement un goût de beurre salé, on dérive petit à petit vers des rivages d'adultes posés, à s'ammarer doucement au milieu de voisins et de projets collectifs, de demi-paniers de légumes et de taxe d'ordures ménagères, de kefir, de jardin et de levain.
Bientôt c'est le retour aux sources, à l'océan et aux horizons dégagés du sud-ouest. J'ai secrètement hâte d'entamer une retraite low tech au milieu des champs de maïs, comme à chaque fois qu'il devient nécessaire de partir pour mieux revenir, sauf que là, on dirait bien que ça devient sérieux toutes ces histoires.
Souvenir du printemps dernier, quand il s'agissait de ne pas se liquéfier dans la moiteur ambiante et de ramasser des coquillages les pieds dans l'eau.





